The Great Escape
jeudi 6 décembre 2012
Le moment est venu
La nouvelle est tombée ce matin à 10h. Entretien demain à 15h avec mon responsable et mister Big Boss concernant "mon avenir". Demain à la même heure, je serai probablement totalement euphorique, ou dans un état de dépression avancée...
Tout le monde a beau me répéter que tout va bien se passer, qu'il n'y a pas de raison que ça se passe mal ou que me refuse ce changement, je reste sur la réserve. La vie m'a appris qu'il ne faut jamais prendre les choses pour acquises et que parfois, une mauvaise surprise peut vous tomber dessus.
Evidemment tout semble être en ma faveur, mais sait on jamais. ça ne serait pas la 1ère fois que tout est de mon côté et que finalement, je me prends un mur.
Je sais que cette nuit encore, je vais mal et peu dormir. J'ai trop de choses en tête, trop de questions encore sans réponse, trop de sujets d'inquiétude. Et dans ce type de période, la tentation de céder à mes vieux démons est bien grande... Avaler un cachet, boire quelque chose de fort et attendre de se sentir enfin assommée, enfin ne plus penser. Et je sais que ce n'est pas la solution. Mes problèmes "relationnels" avec la nourriture ont déjà refait surface, je ne peux pas de nouveau me retrouver noyée par une vague trop grande.
Bien sûr il n'y a pas que ça, que ce tournant qui me pousse dans mes retranchements. Il y a le bilan que je fais depuis quelques mois, et puis il y a une personne qui a réussi par je ne sais quel miracle, à faire un petit trou dans le mur que j'ai construit et qui a su me toucher, me faire baisser ma garde. Mais qui est loin, et avec qui rien n'est vraiment possible. Et qui me fait mal.
Je dois réussir à gérer les choses les unes après les autres. La grande première étape est demain. Restons calme.
mercredi 5 décembre 2012
Oh mon bateau...!
A la base, je n'ai jamais particulièrement aimé la mer. Je ne suis pas d'une famille de marins, je ne vis pas près des cotes, et j'ai même toujours eu plutôt une certaine peur face à cette énorme étendue d'eau. Je me suis retrouvée un peu par hasard à travailler dans une agence de voyage spécialisée dans les croisières, et j'ai tout de suite pensé que ce type de voyage n'était pas fait pour moi. Ces grands bateaux, tout ce monde... Non, vraiment.
Et puis j'ai du partir à bord pour le travail, pour connaitre "le produit", comprendre le fonctionnement et le déroulement d'une croisière.
Alors que j'embarquais un peu à reculons, l'arrivée à bord fut finalement une révélation. Je ne sais toujours pas expliquer ce qui m'a aussitôt plu, mais depuis la 1ère minute, chaque minute passée à bord me donnait le sourire.
J'y suis retournée, plusieurs fois. Jusqu'au mois de juin dernier où ce fut comme une sorte d'évidence. C'était là que j'étais bien, là que je souriais, là que mes soucis semblaient moins lourds à porter, là que je rencontrais des gens un peu hors-norme comme moi. C'était là ma place.
Cet automne, j'ai donc demandé à partir plus longtemps. Deux mois et demi exactement. Pour voir, pour être bien sûre que c'est ça que je voulais, que je supporterais la vie à bord sur le plus long terme. Et ce fut le cas.
Les journées sont longues, les passagers pas toujours faciles à gérer, l'intimité est quasi inexistante, mais oui j'étais bien. Chaque matin, c'est un nouveau paysage, un nouveau pays à découvrir, de nouveaux rires. Et puis surtout ce sont des rapports humain tellement différents, tellement forts... Il est difficile de décrire ou d'expliquer les liens qui se créent et qui existent entre les personnes qui vivent et travaillent ensemble à bord... Comme dans une famille, chacun a son rôle, sa place, son importance. Et les quitter a été un vrai déchirement.
Il faut un début...
Il faut un début à tout. Je n'ai pas envie de commencer par la présentation habituelle, classique du "qui suis je". Peu importe. Et puis je ne sais même plus trop moi même qui je suis aujourd'hui alors à quoi bon...
Je commencerai donc simplement par le début de cette nouvelle vie, de celle que je tente de mettre en place.
Du plus loin que je m'en souvienne, j'ai toujours eu des envies d'ailleurs. Oui un peu comme tout le monde me dira t on. Mais finalement surement un peu plus que la normale. Pendant des années j'ai pourtant vécu autrement, comme tout le monde, comme on l'attendait de moi. J'ai fait des études, j'ai vécu une longue (et destructrice) histoire de 10 ans, je suis allée déjeuner tous les dimanches chez mes parents, j'ai trouvé un vrai travail sérieux, je me suis bien gardé de dire quand ça n'allait pas pour ne pas déranger et j'ai continué de sourire.
Mais je ne suis jamais vraiment rentrée dans le moule. Je n'ai pas trouvé ce garçon parfait que mes parents espéraient, je n'ai pas eu de grand et beau mariage, et je n'ai pas eu ce magnifique enfant blond qui aurait fini de compléter la pub "Ricoré".
Au lieu de tout ça, un jour je me suis écroulée. Totalement effondrée. Cette petite vie presque normale que je tentais de construire s'est tout bonnement envolée.
J'ai pleuré, j'ai arrêté de manger, j'ai trop fumé et trop bu, j'ai pris des tas de cachets pour aller mieux, j'ai raconté ma vie à des inconnus allongée sur un divan. Et je me suis relevée. Mais oui, forcément, j'ai changé.
Depuis ce moment, j'ai construis doucement mais surement, une sorte de mur invisible autour de moi. Je suis devenue plus froide, plus distante, moins sensible. Et surtout plus égoiste. Il m'a fallu du temps pour réaliser que mon bien-être ne dépendait que de moi, que personne mieux que moi ne pouvait savoir ce qui me convenait. Mais on ne change pas totalement du jour au lendemain, et mon éternelle culpabilité à l'idée de décevoir mes proches m'a longtemps empêché de faire réellement ce que je voulais.
Aujourd'hui j'ai enfin pris les choses, ma vie en fait, en main. Je prends des risques pour certains, mais j'envoi valser les convenances et la sécurité pour enfin vivre un peu "à ma façon". Cette nouvelle vie me fait quitter la terre, prendre la mer, découvrir d'autres rivages, d'autres visages... Je viens de passer plus de 2 mois sur un bateau, un gros, et j'ai demandé à repartir. Vite. Loin. Je dois avoir la réponse définitive d'ici une dizaine de jours. Et je ne pense qu'à ça.
Beaucoup disent que ce départ est une fuite, une tentative désespérée d'échapper à des fantômes qui me hantent, que je pars pour ne pas affronter mes peurs, pour ne pas me créer de nouvelles attaches trop fortes. Et ils ont probablement raison. C'est la seule arme que j'ai trouvé contre la routine, contre des histoires qui finissent toujours par me broyer, contre des sentiments que je ne sais plus et ne veux plus gérer.
Alors j'attends ce sésame comme une magnifique roue de secours. Laissez moi fuir.
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